C'est l'histoire d'un couple qui, arrivé dans la quarantaine, s'organise pour partir un an, en congé sabbatique, sac au dos, en Asie.
Petit détail : ceci s'est passé en 92-93 !
Après relecture de Routards & Cie, que Sally avait rédigé à notre retour, nous avons décidé d'en faire un blog d'une durée d'un an en respectant le texte original et sa chronologie afin d'y retrouver les émotions de l'époque.
Les 675 photos, les 65 documents scannés, les 12 dessins, les 125 vidéos et les 95 enregistrements sonores sont d'époque aussi.
Bonne lecture !

Bangkok, 18 janvier 1993

(Jocelyne nous a fait parvenir des chocolats par l’intermédiaire d’Antoine)

            Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage,
            Ou comme cestui-là qui conquit la toison,
            Et puis est retourné plein d’usage et raison,
            Vivre entre ses parents le reste de son âge.

            Mais Ulysse et Jason ne connaissaient pas le chocolat Godiva,
            Celui qu’est bien meilleur quand on n’est pas chez soi !
            Ce soir, il n’en restera pas, de ce bon chocolat,
            Merci Copine Jocelyne d’avoir soigné ma ligne !


Aujourd'hui, petite virée au magasin Isetan, dans le centre de Bangkok.

[Isetan]

Bangkok, 17 janvier 1993


Arrivée d’Antoine. Inépuisable qu’il est ! C’est son premier grand voyage, tout est beau, merveilleux, incroyable. On ne peut plus l’arrêter ; quand nous rentrons nous reposer il continue les visites tout seul. Il nous a apporté plusieurs minicassettes audio (de Véro, de Dominique, et de Philippe et Martine que nous avions rencontrés en Inde). Maintenant il va falloir répondre par la même voie (ou la même voix ?).

Pour fêter nos retrouvailles, dîner de gambas au barbecue à Chinatown, au Hua Seng Hong Restaurant sur Yaowaraj Road. Hum, quel délice avec une bière bien fraîche, et du riz frit ! Pas chères, mes belles gambas, pas chères !

Dans le quartier, c’est l’effervescence avant le début de l’année 2536 du calendrier chinois : on repeint des boutiques, on prépare des mets spéciaux dans les restaurants et les pâtisseries, on vend des cartes de vœux et des chapelets de pétards rouges, les épiciers renouvellent leur stocks de poissons séchés, et de légumes marinés, la circulation est indescriptible. Quelle ambiance !

[Ambiance à Chinatown]

Bangkok, 15 janvier 1993

Aujourd’hui, jour du courrier, record battu : 20 lettres et fax. Merci les copains et les copines !

Dzong de Tongsa au Bhoutan

Merci pour l’article sur le Bhoutan. Votre article donne une impression très idyllique du pays, mais, revers de la médaille, de nombreux rapports d’Amnesty International mettent en lumière la dureté du régime, et la pratique courante de la torture. Faites passer le message !
Véro, la sœur de François, va aussi nous enregistrer une émission de Montagne sur ce pays. 


Marché de Thimpu au Bhoutan

Koh Chang, 13 janvier 1993



Bon, ça va mieux aujourd’hui. Depuis dix jours mes intestins divaguent (normal, sur une plage, me direz-vous). Évidemment, quand ce sont les mêmes personnes qui vident les poubelles, nettoient les toilettes et font la cuisine… J’allais déjà mieux cette nuit, car j’ai rêvé d’un sandwich au saucisson de Lyon, avec des cornichons dont j’ai même senti l’odeur.

Demain, retour à Bangkok. Antoine va bientôt arriver.

Koh Chang, 6 janvier 1993

Ne serait-ce pas le jour de la galette des Rois ? Et des kilos superflus qui viennent s’ajouter à ceux, non encore éliminés, des deux réveillons précédents ?
Que pourrais-je vous raconter ? Nous sommes sur une plage de sable fin bordée de cocotiers élancés, et baignée par des eaux claires et chaudes.

[La plage de sable fin bordée de cocotiers...]

Parmi nos occupations favorites, la lecture : j’ai relu
Don Juan, et j’ai presque terminé un bouquin épatant, comme dirait Pivot : Les Enfants de minuit de Salman Rushdie, une saga indienne complètement loufoque, dont le style inventif me rappelle celui de John Irving (Le Monde selon Garp). Picou a complètement été emballé par Le Voyage au bout de la nuit de Céline, qui sera ma prochaine lecture.



Koh Chang, 2 janvier 1993



C’est quand même exigu une hutte conçue par des Asiatiques : la chambre doit faire deux mètres sur trois, elle est presque entièrement occupée par le lit qui se compose de deux paillasses posées sur une estrade aux planches disjointes. Les cloisons sont en rondins de bois dont les aspérités et les clous se transforment en bibliothèque et penderie. Une porte très basse - François collectionne les bosses - donne sur un petit perron d’où nous pouvons admirer le coucher du soleil.

Si, si c'est moi !


Pas d’électricité, seulement un générateur pour le restaurant. Alors, quand le soleil se couche, et que le vent tourne en nous apportant les odeurs de la décharge, nous allons chercher notre lampe à pétrole. Quel romantisme !

Nous nous attendions à voir beaucoup de touristes en Thaïlande à la fin de l’année, mais à ce point, et dans une île à sept heures de Bangkok !

Quel spectacle misérable que celui des boat-touristes rejetés d’une plage à l’autre, quand aucun hôtel ne peut les recevoir. Ils ne peuvent même pas débarquer, car les hôteliers font de grands signes codés aux bateaux qui passent. Quelqu’un en Europe, dans un pays civilisé, est-il au courant de ce drame de fin d’année ? Vite, faites un geste pour les boat-touristes ; alertez l’ONU, téléphonez à Bernard Kouchner !

M. et Mme 993 ont appelé leur fils... Emile !

Koh Chang, 1er janvier 1993

Nous venons de passer le cap d’une nouvelle année, et nous pouvons vous le dire : impossible d’échapper à la traditionnelle “party”, quel que soit l’endroit où l’on se trouve !


Le 30 décembre, nous quittons Bangkok en direction de Koh Chang, une île tout près de la frontière cambodgienne.
Nous débarquons en radeau (!) sur White Sand Beach, parce que le nom est joli, et que le sable est vraiment blanc. Nous sommes imités, ou plutôt précédés par une trentaine de routards qui se précipitent comme des dératés sur le premier ensemble de bungalows. Complet. Pas grave, nous mettons les sacs à dos, et continuons le long de la plage bordée de petits hôtels tous semblables, tenus par des familles thaïes : petites huttes recouvertes de chaume, et grande hutte réception-restaurant.
Tout est de plus en plus complet, et nous de plus en plus fatigués à force de marcher dans le sable avec nos bagages.
Nous finissons pas louer deux motos-taxis : pas facile de monter pour la première fois de sa vie sur une moto, avec un sac à dos sur les épaules et un autre dans les bras. On ne sait pas trop où se tenir, j'opte pour l’épaule du chauffeur, plutôt que pour la bedaine…

Encore un hôtel complet, et nous arrivons au “luxe” du coin - les bungalows sont en dur -, tenu par un Allemand. Très affairé, tout ruisselant de sueur, les cheveux collés sur son front bronzé, il nous laisse un léger espoir avec ce bel accent teuton qui a séduit nos grands-parents et nos parents : “Aille ville traille, relax und tek a trink !” Nous payons les motos, et attendons le verdict de notre sauveur.

Vite fait, bien fait, il déloge un employé de sa chambre, et nous offre d’habiter dans le bâtiment du personnel : cinq chambres, dont trois sont déjà louées à des touristes en perdition. Le petit personnel n’a qu’à se débrouiller !
Nous sommes contents d’avoir trouvé un toit, même s’il s’agit de la réserve de l’hôtel : draps, serviettes, oreillers, savon, papier hygiénique, bombes anti-insectes. D’habitude, nous courons après…
Par terre, une estrade en guise de sommier, et un matelas pour une personne ; des oreillers remplaceront le second matelas. Pour la douche et les toilettes, c’est au bout du petit bâtiment, mais c’est très propre et tout à fait digne d’entrer dans une compétition “gain de place” !

Le premier soir, nous nous endormons très tard : le personnel, allongé sur des chaises longues devant notre porte, vide consciencieusement ses bouteilles de mekong.

Le lendemain matin, Hans - ou Wolfgang -, nous propose une chambre qui va se libérer à midi ; c’est la plus grande de l’hôtel, elle coûte 900 bahts par nuit. Au diable l’avarice, nous lui donnons notre accord pour cette nuit. Et pour les nuits suivantes, nous nous dégotons une hutte sur la plage, pour neuf fois moins cher ! Cent bahts, c’est le prix moyen d’un bungalow sur cette île en haute saison.

Enfin, ce matin, nous emménageons dans notre nouveau chez-nous, les pieds dans le sable, la mer à dix mètres, la décharge à quinze mètres, et les toilettes et les douches à trente mètres. Nous sommes les premiers clients enregistrés au White Sand Beach Resort pour l’année 93 !

Samsufi, notre petit bungalow

P.S. Le petit de M. et Mme 993 est né le 1er Janvier. Devinez son prénom !
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