C'est l'histoire d'un couple qui, arrivé dans la quarantaine, s'organise pour partir un an, en congé sabbatique, sac au dos, en Asie.
Petit détail : ceci s'est passé en 92-93 !
Après relecture de Routards & Cie, que Sally avait rédigé à notre retour, nous avons décidé d'en faire un blog d'une durée d'un an en respectant le texte original et sa chronologie afin d'y retrouver les émotions de l'époque.
Les 675 photos, les 65 documents scannés, les 12 dessins, les 125 vidéos et les 95 enregistrements sonores sont d'époque aussi.
Vivent les monastères du Ladakh ! D’abord Alchi en plein milieu d’un village où la récolte d’orge bat son plein. Les scènes de vie rurale sont empreintes d’une grande beauté : les femmes armées de fourches vannent dans le vent, les bœufs piétinent la paille en tournant inlassablement, l’homme excite les animaux en chantant. Du coup, le monastère me paraît moins important.
Direction Rizong.Les deux derniers kilomètres se font à pied par un petit chemin, d’abord ombragé, qui longe les vergers d’abricotiers, puis qui grimpe dans un chaos rocheux et minéral. Soudain, c’est une apparition presque féerique après un ultime tournant, celle d’un monastère accroché le long des parois d’un cirque montagneux.
Les habitations des moines et les bâtiments principaux forment un écran blanc et pourpre devant nous. Quelle récompense après une montée rendue pénible par l’altitude et la chaleur. À nos âges, ma bonne dame. Toujours aussi prêts à nous faire découvrir les trésors de leur monastère, les lamas nous ouvrent une à une les portes fermées par d’impressionnants cadenas.
Chemin d'accès vu du monastère
Pierre de mani sur le chemin
Le dernier monastère, Likir,est situé sur une hauteur au fond d’une vallée plantée d’orge en terrasses, où s’élèvent quelques chortens blancs ; au loin se découpent des cimes enneigées. C’est trop beau !
Monastère de Likir
Stupa peu avant le monastère qu'un pèlerin est en train de contourné
Champs d'orge
Vallée vue depuis le monastère
Travaux sur la terrasse d'un bâtiment annexe
Belle journée non ? Mais aussi dure journée, surtout en taxi ! Sur la route étroite, les camions et les bus ne cèdent pas un pouce de terrain. Le taxi doit se rabattre sur le bas-côté souvent inexistant, ou même s’arrêter. Les convois militaires, encore eux, s’arrêtent sur la route à l’heure du repas. Si l’on peut passer, tant mieux ; sinon, il faut attendre.
Ajoutez les fumées noires des gaz d’échappement et la poussière soulevée par les roues et le vent.
Maison du camp d'Agling avec la récolte sur la terrasse
Retour au camp n° 8 à Agling. Cette fois, c’est la mère qui nous attend devant la maison avec le petit dernier.
Tenzin
Installation au salon, préparation de l’eau bouillante pour le thé, apparition de Tenzin et deux de ses sœurs ; arrivée d’une étudiante qui parle anglais, puis du père qui nous demande de rester pour le déjeuner.
Le papa de Tenzin
Nous ne pouvons refuser cette offre faite de si bon cœur et qui entraîne aussitôt une grande agitation dans la maisonnée : nouilles sautées aux légumes et à la viande, bouillon de mouton au curry, et thermos de thé. Nous mangeons tous les deux dans le salon, mais eux nous observent discrètement depuis la cuisine.
Avant notre départ, le père nous offre deux écharpes blanches, mais aussi une cuillère tibétaine lui venant de son grand-père. Sa façon de nous remercier pour l’aide que nous lui apportons nous a beaucoup émus. Nous ne sommes pas prêts d’oublier cette journée.
Visite d'un temple dans le centre de Leh où est accrochée une banderole incitant les Cachemiris à repartir chez eux. Comme il n'y a plus de tourisme à Srinagar, les trottoirs de Leh sont envahis par des vendeurs cachemiris et un déséquilibre s'est créé. Laissez Leh tranquille...
Encore une superbe journée ! Cette fois, nous faisons dans le culturel avec la visite de deux gompas à l’est de Leh.
Nous prenons un taxi, tôt le matin, ce qui permet de découvrir dans le calme, les magnifiques constructions du gompa de Tikse, juché en haut d’une colline : couleurs éclatantes, moinillons dissipés, cérémonie au son des tambours, trompes et clochettes, lamas qui cousent des tankas pour la prochaine fête, vue magnifique, bref le pied intégral pendant près de deux heures !
Nous nous dirigeons ensuite vers le monastère d’Hemis, au fond d’une gorge ; plus petit, plus “rustique”, mais tout aussi attachant et plein de vie.
Inutile de préciser que Picou s’en est donné à cœur joie avec les photos, oserais-je dire qu’il avait le gompa dans l’œil ? J’ai osé.
But de la journée : essayer de trouver la petite Tenzin Pakhdol que nous parrainons. Elle vit dans un camp de réfugiés tibétains à Choglamsar, à huit kilomètres de Leh.
Nous prenons le bus local, hyperbondé, descendons à Choglamsar, et demandons plusieurs fois notre chemin. Nous finissons par atterrir dans un camp qui ressemble à un village comme les autres, avec ses maisons blanches dans le style local.
Aussitôt, plusieurs vieillards s’approchent de nous, tout en faisant tourner leurs moulins à prières ; nous leur citons les noms de la petite, de son père et de sa mère, et comme l’un des vieillards semble savoir où ils sont, nous le suivons. Erreur ! Une femme ici porte le même nom que la petite, elle se demande bien ce que nous lui voulons. Excusez-nous, on s’est trompés !
On relit le dossier de Tenzin dans tous les sens : mince ! elle habite le camp n° 8 à Agling, pas à Choglamsar qui est l’adresse de l’association !
Profitons-en pour aller les saluer : trois ou quatre secrétaires en habit tibétain tapent sur de vieilles machines mécaniques. C’est d’ici que part le courrier que nous recevons, mais impossible de trouver “notre” secrétaire, Dolma Yangzin : elle est partie à Dharamsala. On nous offre le thé de bienvenue en attendant l’arrivée du directeur qui nous reçoit. Quelques minutes nous suffisent pour apprécier l’organisation dont fait preuve le bureau de Choglamsar. On nous montre comment les fonds sont gérés par enfant, malgré les complications que cela représente. C’est plutôt rassurant pour l’avenir de la petite Tenzin.
Restaurant dans le camp d'Agling
Retour à Leh en bus hyperbondé.
En début d’après-midi, nous négocions une jeep-taxi pour Agling. Le chauffeur connaît ce village, et nous prenons en stop un Tibétain qui se rend aussi là-bas et qui connaît le papa de Tenzin !
Dix minutes plus tard, nous voilà installés dans la pièce de réception, le thé chauffe dans la cuisine et quelqu’un est parti chercher Tenzin à l’école. Ici aussi, le camp est composé de maisons en dur. Chez Tenzin, elle se compose d’une moitié réservée à la cuisine et où l’on dort également car il y fait chaud, et d’une partie qui ressemblerait à un salon.
Dans la cour, une tente est dressée pendant l’été, et sert également de chambre à coucher. Ils sont quand même huit en tout. Le salon est décoré des photos de famille, et le portrait du dalaï lama, entouré d’une écharpe blanche veille sur tout ce petit monde. Et puis, la carte représentant le drapeau tibétain, que François avait envoyée de Katmandou, est aussi punaisée au mur. Pas de doute, nous sommes dans la bonne famille !
Tenzin
Tenzin arrive timidement avec son petit frère et l’une de ses sœurs aînées : teint cuivré et cheveu court en épi sur le haut du crâne. Voici maintenant une cousine qui parle bien l’anglais, qui va nous aider pour les traductions.
Nous convenons de revenir vendredi matin, après avoir fait quelques achats pour Tenzin et sa famille.
Indus Guesthouse
Tiens, si je vous parlais de notre guesthouse maintenant ? Après la première nuit, nous avons déménagé pour l’Indus Guesthouse.
Chambre 19 de l'Indus Guesthouse
Pour nous trouver, quand vous venez de Main Street Bazar, passez le Tourist Bungalow en construction - ne vous arrêtez pas devant les échoppes des Cachemiris, ils vous mettraient en retard - continuez toujours tout droit, et quand vous entendez le flot impétueux d’une rivière, tournez à droite ; arrêtez-vous pour plonger la main dans l’eau, elle est fraîche, non ? Longez la rivière en remontant son cours, voyez les jeunes filles qui lavent le linge sur les rochers, continuez sous les saules, stop. C’est là, à gauche, poussez la porte battante, et traversez le petit jardin fleuri où le patron se chauffe au soleil, montez au premier étage, tapez à la porte 19, entrez et profitez du paysage sur les pommiers du jardin et la forteresse, puis les montagnes au loin. Ça vous plaît ?
Si vous désirez un petit déjeuner nature, la patronne ladakhie vous fera cuire du pain bis dans son four le matin, et vous étalerez dessus la confiture d’abricot faite maison.
Jardin de la Guesthouse
Ne vous étonnez pas de voir les portraits du Christ et de la Vierge Marie, dans cette guest-house, vous êtes chez des chrétiens, et leur vœu le plus cher serait qu’on leur apporte de l’eau du Jourdain, et de la terre de Jérusalem !
Première journée d’acclimatation à Leh : nous ressentons les effets de l’altitude. À 3 500 mètres nous sommes vite essoufflés dans les montées. Quelques maux de tête et des vaisseaux éclatés dans l’œil gauche de François.
L’air est extrêmement sec, les trous de nez aussi ! La poussière en suspension nous fait éternuer. La température avoisine trente degrés dans la journée, et quinze la nuit. Une petite laine s’impose pour aller dîner.
Leh vue de la forteresse
Leh est une ville pas si tranquille que ça ! Isolée du reste du monde de novembre à mai, elle s’anime pendant les mois d’été quand les routes ne sont plus coupées par la neige. Les Cachemiris en profitent pour envahir un peu plus chaque année les rues commerçantes de la ville et vendre ce qui ne se vend plus au Cachemire, faute d’acheteurs. “Free Ladakh from Kashmir”, disent les autocollants sur les vitrines des boutiques tenues par les Ladakhis.
C’est en juillet et août que les touristes sont les plus nombreux. Les routards sont majoritaires, nous sommes bien loin de la Thaïlande. Pas mal de trekkeurs en quête de nouvelles aventures.
Ceux qui recherchent des compagnons de route, qui veulent acheter ou vendre du matériel utilisent les nombreux tableaux de messages à l’entrée des restaurants, des guest-houses ou des agences de voyages : tentes, sacs de couchage et ustensiles de cuisine changent de mains tous les jours ; les cocottes-minute sont très demandées, car la cuisson des aliments nécessite beaucoup de temps en altitude : à 3 500 mètres, l’eau bout à 75° degrés seulement dans une casserole, et tous les microbes ne sont donc pas éliminés.
Les offres d’achat et de vente sont en italien, allemand, hébreu, français et évidemment anglais. Quelques exemples : “I am selling massive trekking chooses, but very light weight “Signé : Yves, Padma Guesthouse. Ou bien : “Nous voulons partager un taxi pour Srinagar le 20 août, car nous ne pouvons obtenir de place d’avion”. Ou encore : “Pour Isabelle. J’ai vu Pierre qui m’a dit que tu étais à la Bimla Guesthouse, mais je ne t’ai pas trouvée. Je suis au Dhelex, chambre 3, je pars après-demain. “
Et des Ladakhis, y en a aussi ? Oui, un peu perdus dans la masse, mais facilement reconnaissables à leur costume traditionnel ; les femmes, en particulier, portent encore un long manteau de couleur foncé maintenu à la taille par une ceinture de tissu rouge. Certaines portent des bottines à la pointe retroussée. Leurs cheveux longs sont noués en deux tresses attachées dans le dos, et sur la tête elles portent parfois une coiffe cylindrique et haute avec une pointe au-dessus de chaque oreille. Pas mal de bijoux, surtout des pendants d’oreille en petites perles qui passent au-dessus de l’oreille, et des colliers de corail et de turquoise. Pal mal, non ?