C'est l'histoire d'un couple qui, arrivé dans la quarantaine, s'organise pour partir un an, en congé sabbatique, sac au dos, en Asie.
Petit détail : ceci s'est passé en 92-93 !
Après relecture de Routards & Cie, que Sally avait rédigé à notre retour, nous avons décidé d'en faire un blog d'une durée d'un an en respectant le texte original et sa chronologie afin d'y retrouver les émotions de l'époque.
Les 675 photos, les 65 documents scannés, les 12 dessins, les 125 vidéos et les 95 enregistrements sonores sont d'époque aussi.
Bonne lecture !

Bangkok, 27 juillet 1993

Offrandes

C’est encore moi ! Je n’ai rien à dire, mais je vais quand même essayer de remplir cette page !
C’est encore la rentrée des classes ici, on n’y comprend rien !
Le maire de Bangkok veut transformer un jardin de la ville en dépôt pour trains électriques (pas des jouets) !
Les mangues ont disparu, elles sont remplacées par les mangoustans et les ramboutans.

[Magasin New World]

Le patron de la Prasuri Guesthouse nous a gratifiés d’un léger sourire et d’une lueur d’étonnement dans l’œil gauche. Notre récompense après 40 nuits passées ici. Son chien, Lang, a un nouveau copain, Dick.
François a viré ses mocassins pour une paire de jogging. Qu’est-ce qu’ils sont blancs !
La mousson fait rage en Inde. Aïe, aïe, aïe, qu’est-ce qu’on va se prendre.
Selon le Bangkok Post, il fait seulement 20° à Paris. Mes pauvres chéris, je vous plains.

Salut, cette fois, c’est l’heure de la b…

P.S. Oui, je sais que M. et Mme Ergébel ont eu un fils !

Koh Samet, 25 juillet 1993

Quoi ? Déjà huit jours qu’on se prélasse au rythme des vagues et du soleil ? Huit jours que nous avons adopté le programme des 3 b, baignade, bronzette, balade. J’en vois qui pensent à un 4e b.
Vous avez raison, parlons aussi de la bouffe, bien que ce mot ne soit pas bien approprié à la délicieuse cuisine de l’hôtel : ah, les curries au lait de coco, le poulet aux noix de cajou, le lassi à la papaye, le tout servi avec beaucoup de désinvolture par un personnel jeune et nombreux.

Je me souviens de mes impressions de février dernier, lors de notre premier passage : nous nous dirigeons vers la réception en traversant le restaurant où cinq ou six personnes sont à moitié endormies sur les tables ou allongées sur les bancs. Je me dis : “Y a beaucoup de locaux qui viennent manger ici, le restau doit être bon.”
C’est pas ça du tout ! Ici, ce sont les employés qui dorment à table quand ils n’ont rien à faire ! Parfois, le caissier disparaît, mais tout le monde sait qu’il est devant le miroir, en train de craquer ses boutons acnéiques. Idem pour le cuisinier.

Je passe rapidement sur l’armée des petites serveuses qui ne parlent que le thaï, et qui se trompent systématiquement de table ; elles t’apportent un club sandwich alors que tu as commandé des beignets de crevettes, et quand tu demandes un second café, c’est le sel et le poivre qui atterrissent sur la table ! Et passons sous silence le serveur qui imite Michaël Jackson dans “Ma braguette a craqué” en plein dîner.

Depuis quelques jours, les Français arrivent en masse, en même temps que les autres touristes : on les voit de loin, ces corps blancs avides de soleil et de liberté, vite retranchés à l’ombre d’un cocotier, là où tombera peut-être dans cinq minutes la noix de coco.

La plage voisine, plus longue que la nôtre, ne manque pas d’intérêt. S’y est installé depuis quelques jours un groupe d’Italiens (Pléonasme ! Les Italiens sont toujours en groupe !) : les dames sont assises en rond sur le sable et passent des heures à s’épiler les jambes avec leurs petites pinces, mais ça ne les dérange pas de montrer les poils sous les aisselles lorsqu’elles se recoiffent ! Faut-il y voir un symbole sexuel ?

Et voici le retour des masseuses-coiffeuses-manucures sur la plage. De loin, on entend leurs voix nasillardes : “Massaaaage Mister, Massaaaage Missiiiiiiiiz ?”. Elles portent toutes un large pantalon, des chemises à manches longues et un grand chapeau de paille pour se protéger du soleil.
Dans leurs petits paniers, elles transportent flacons de dissolvant, de vernis à ongles, d’huile, et… des perles en plastique. Ah bon ? Pour quoi faire des perles en plastique ? Je vais vous le dire : pour que toutes les femmes, même les plus grosses et les plus vilaines puissent se prendre pour Bo Derek, et puissent courir sur la plage au crépuscule en sentant leurs petites nattes terminées de perles faire clic-clic dans le dos !

Bon, je vous laisse, c’est l’heure de la b…

Koh Samet, 20 juillet 1993

THAILANDE (5)
Home, Sweet Home…

Nous voici revenus dans cette petite île, à 250 kilomètres de Bangkok, où nous avions déjà séjourné en février dernier.
À notre grand étonnement, nous n’avons aucune difficulté à trouver un bungalow dans le même hôtel. Tout est encore à moitié vide, et cela défie toutes les lois sur le tourisme de masse ! À cause de la crise ? De la mousson ? Des moustiques ? Les plages sont presque vides, sauf le week-end quand les habitants de Bangkok viennent prendre un bain de pieds.

Lorsque nous arrivons, nous sommes aussitôt reconnus par le Chinois à la réception et un serveur. On nous confie trois ou quatre clefs. Allez voir tous seuls, faites comme chez vous !
Nous choisissons un bungalow à l’écart, sur une petite butte d’où l’on domine la plage et la mer. Le matin, les premiers rayons du soleil nous titillent par la fenêtre, c’est signe de beau temps malgré la mousson.

Nous retrouvons les moustiques, et les mystérieux insectes qui nous font de si beaux boutons. On joue à celui qui en aura le plus, de boutons.
Malheureusement aujourd’hui, mon état est stationnaire : 26 dans le dos, j’ai peur de perdre. Après avoir longuement réfléchi sur l’origine de ces piqûres qui embellissent uniquement les parties non recouvertes par le maillot, les conclusions sont les suivantes : l’insecte vit dans le sable sec. Depuis, nous ne nous allongeons plus que sur le sable mouillé et dur, et ça à l’air de marcher.
Je n’ai quand même pas de chance avec mes jambes qui ont dû supporter une longue série d’épreuves : la glissade sur une peau de banane à Madras, l’épilation à la cire trop chaude à Bali, la brûlure sur le pot d’échappement d’une moto à Lombok, et enfin les dizaines de piqûres d’insectes vicieux à Koh Samet ! Cependant, j’ai plaisir à préciser que Picard n’est pas dégoûté.

Tiens, à propos de Picard, les dernières nouvelles : depuis quelques jours, je le vois souvent passer de longues minutes devant le miroir de la salle d’eau, lissant délicatement ses cheveux en un avorton de queue-de-cheval. Y a toujours une mèche qui se défile, des frisottis qui retombent dans la nuque, et puis la queue est trop à droite, ou trop à gauche, bref, c’est la chi-en-lit ! Pas facile de ressembler à Karl Lagerfeld.


Singapour, 13 juillet 1993



Délire à Singapour - Hôtel San Wah
Faut remettre la clim. ♦ On n’entend plus les chatons miauler, la mère a dû venir les chercher. ♦ Qu’est-ce qu’il tousse le pépé ! ♦ J’ai mes croûtes qui partent. ♦ Faire la valise. ♦ C’est loin de Delhi à Leh ? ♦  J’ai eu le nez tout à l’heure ! Une semaine de plage, ça serait super. ♦  Elles ont une drôle de gueule tes chaussures. ♦ On va à la poste demain matin ? ♦ Faut goûter les fruits qui ressemblent à des artichauts. ♦ Faire la valise. ♦ Je me sens mieux avec les ongles courts. ♦ Le slip est pas encore sec. ♦ Faut pas oublier la taxe d’aéroport. ♦ Elles couinent mes tongs. ♦ Je mangerais bien des noodles ce soir. ♦ Faire la valise. ♦ Avec la pluie il fait moins chaud maintenant. ♦ Demain, prendre les billets à côté. ♦ Tu stabilotes quoi sur la carte ? ♦ C’est pratique le bus pour l’aéroport. ♦ Des noodles et des fruits. ♦ On est peinards ici. ♦ Faire la valise. ♦ Faut encore changer des francs ? ♦ Dans 15 jours en Inde, mais, demain, on va à la poste, on fait la valise, on prend le bus, et on s’envole pour Bangkok. ♦

Singapour, 12 juillet 1993



Comme c’est bon de se retrouver chez notre pépé chinois ! Et de manger un plat de nouilles sautées au petit déjeuner dans la galerie marchande voisine !

Nous n’avons que l’embarras du choix pour nous nourrir. Par exemple, les hawkers qui sont très populaires : il s’agit d’une multitude de stands de nourriture, généralement en plein air ; on peut commander un plat à l’un, les boissons à l’autre, et l’on s’assoit à n’importe quelle table - elles sont généralement fixées au sol.

Des serveurs apportent les plats tout en draguant d’autres tables sur leur passage et en interpellant ceux qui cherchent une place. Des milliers de personnes déjeunent de la sorte pendant la courte pause du déjeuner avant de vite retourner au bureau, téléphone de poche toujours à portée de main ! Efficacité avant tout !
Plus chics, les “food courts” des centres commerciaux. Ainsi, celui du Scott’s Center qui ressemble à une immense cafétéria de 700 places : cuisines indienne, pakistanaise, sri-lankaise, chinoise, végétarienne, et autres. On ne sait plus où donner de la fourchette !
Ne pas sous-estimer les innombrables McDo pour leurs petits déjeuners… et leurs frites !

Nous venons de décider de repasser par la Thaïlande, en attendant que la mousson se calme en Inde. Chouette, une petite semaine de plage à Koh Samet pour nous redonner des couleurs ! J’en suis toute ravigotée.



Singapour, 11 juillet 1993

SINGAPOUR (3)
Home, Sweet Home !

Voici un résumé de la journée :
06:00   Petit déjeuner à l’hôtel Permata Sari de Maumere
09:00   Snack sur le vol Maumere-Bima
11:00   Snack sur le vol Bima-Den Pasar
12:30   Déjeuner à l’aéroport de Den Pasar
16:30   Repas chaud sur le vol Den Pasar-Jakarta
18:00   Repas chaud sur le vol Jakarta-Singapour
19:30   Mon bagage n’est pas arrivé à Singapour. Saut en ville pour réserver (payer) une chambre chez Pépé.
22:30   Je retrouve mon sac à dos à l’aéroport, sur un autre vol en provenance de Jakarta. Ah, que je suis contente ! J’avais laissé mes notes de voyage dans le bagage, c’est la seule chose qui m’importe vraiment…
Quand est-ce qu’on mange ?




[Annonce sur le vol Jakarta-Singapour]

Maumere, île de Florès, 10 juillet 1993


Ouf ! On l’a, notre vol pour Den Pasar, et pour demain. Cela nous remet du baume au cœur, nous allons revoir Singapour et le pépé de l’hôtel, manger des dosas, des Big Mac…
Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...