C'est l'histoire d'un couple qui, arrivé dans la quarantaine, s'organise pour partir un an, en congé sabbatique, sac au dos, en Asie.
Petit détail : ceci s'est passé en 92-93 !
Après relecture de Routards & Cie, que Sally avait rédigé à notre retour, nous avons décidé d'en faire un blog d'une durée d'un an en respectant le texte original et sa chronologie afin d'y retrouver les émotions de l'époque.
Les 675 photos, les 65 documents scannés, les 12 dessins, les 125 vidéos et les 95 enregistrements sonores sont d'époque aussi.
Bonne lecture !

Yogyakarta, 9 juin 1993

Carte postale avec du batik fait main collé sur le recto

Premiers pas à l’extérieur : “Where you go ? Want rickshaw ? Want batik ? Very Cheap !”
Tout est dit, Yogya est la ville du batik.

C’est une technique de teinture du tissu qui nécessite l’emploi de la cire pour en masquer certaines parties. Ici, la plupart des ateliers de batik exposent des produits finis industriels sans grande valeur, avec un faux artiste qui répète inlassablement les mêmes motifs devant les clients.

Les véritables ateliers sont différents : on peut encore y voir un véritable travail de création, ensuite réalisé par des dames souvent âgées, tenant en main leur stylo de cire liquide. Puisque tout est fait à la main, chaque pièce est unique.

À Yogya, tout le monde est intéressé à la vente des batiks : mis à part les cyclos qui sont les rabatteurs traditionnels, n’importe quel pékin dans la rue, à qui tu as le malheur de poser une question, essaiera de t’emmener dans un atelier de batik. Tous les coups sont permis : “Je suis guide” ou bien : “Je suis peintre et je dois nourrir ma famille” ou bien : “l’atelier ferme tôt aujourd'hui, dépêchez-vous”, etc.

Nous suivons l’un de ces artistes, ce qui nous permet de découvrir de petits coins tranquilles, des maisonnettes blanches noyées dans les bougainvillées, des oiseaux dans leurs cages suspendues, une vie à la campagne en plein milieu de la ville. C’est une autre affaire que de retrouver son chemin après être sortis du faux atelier sans achats.


Yogyakarta, 8 juin 1993



Le voyage en minibus entre Jakarta et Yogya est assez pénible : après le traditionnel ramassage qui dure trois heures à cause de la pluie et des encombrements, nous quittons enfin Jakarta, vers vingt heures. La route est rendue dangereuse par le trafic intense des camions, les appels de phares et les coups de klaxon. C’est complètement épuisé, que l’unique chauffeur atteint Yogyakarta vers dix heures du matin, cela fait deux heures qu’il chante pour se tenir éveillé.
Nous avons, nous-mêmes, beaucoup de mal à nous traîner jusqu’au déjeuner, avant de nous écrouler sur le lit. Dehors, il pleut toujours.

Jakarta, le 6 juin 1993



(Jocelyne nous a fait parvenir une cassette audio et une bouteille de champagne par l’intermédiaire de Véro. Remerciements en javanais…)

BAVONJAVOUR,
CAVASSAVETTE BAVIEN RAVECAVUE, CHAVAMPAVAGNE AVAU FRAVAIS, MAVERCAVI !
SAVALLAVY - FRAVANÇAVOIS

Jakarta, 5 juin 1993

INDONÉSIE (2)
Peut-être ne serions-nous pas revenus en Indonésie si nous n’avions pas rendez-vous avec Véronique…



Nous attendons Véro. Son avion arrive plus tard que prévu, nous avons encore quatre heures à attendre. De toute façon, le muezzin nous a réveillés à cinq heures. Je croyais qu’il était dans la chambre voisine !
Je me demande si nous nous sentirons mieux à Java qu’à Sumatra.

[Aéroport de Jakarta]

Nous retrouvons Véro, bisous, comment tu vas, et nous prenons un taxi vers Jalan Jaksa, la rue des guest-houses de Jakarta. Rien à voir avec Khao San Road à Bangkok. On se croirait presque à la campagne.
Nous passons l’après-midi à discuter et à prendre des nouvelles de tout le monde.

Jakarta a mauvaise réputation : la criminalité y est inquiétante, certaines lignes de bus sont régulièrement attaquées et les passagers délestés de leurs objets de valeur, les sacs sont arrachés par des motocyclistes.
Aussi, je décide d’enlever le petit bracelet trouvé à Singapour, et de visiter les mains dans les poches. Je n’ai sur moi que mon passeport et quelques billets dans une pochette de cuir dont la boucle est passée à l’avant du soutien-gorge.
Musée National avec de belles sculptures bouddhiques et hindouistes. 
Marché aux oiseaux.
[Marché aux oiseaux]



Singapour, 3 juin 1993



Bus 106 pour le jardin Botanique envahi par des classes d’élèves bruyants, et par des dizaines - ou des centaines - de touristes qui viennent seulement admirer les orchidées. Mais le reste est aussi beau : la forêt vierge, les bosquets de bambous, les palmiers.



J’ai trouvé un petit bracelet par terre, il est mignon, je crois que je vais le garder. C’est décidé, je le garde !








Nous sommes prêts à repartir vers l’Indonésie demain, avec un super-tarif sur China Airlines, la compagnie taïwanaise.
Nous dormirons près de l’aéroport de Jakarta, c’est plus pratique pour aller chercher Véro qui arrive de Paris à 7 heures après-demain matin.

Singapour, 2 juin 1993



Je l’avoue, j’ai toujours pensé qu’Orchard Road était le seul intérêt de SingapourFaux, archifaux !


Vous connaissez Little India ? Le quartier indien, avec ses marchands de saris, de colliers de jasmin, son temple et ses restaurants végétariens. Nous ne pouvons résister aux dosas du Komala Vilas…



En rentrant à pied vers l’hôtel, devinez ce que nous avons découvert ? LA rue des prostituées ! Ne cherchez pas sur vos plans, elle n’y figure pas.
De chaque côté, les portes sont ouvertes sur une “salle d’attente” éclairée d’un néon rose. Assises sur des chaises en rotin, façon Emmanuelle, partout du même modèle, des dames chinoises, indiennes et malaises de tous âges et de tous gabarits sourient aux clients massés devant chaque porte. Sur les trottoirs, des vendeurs présentent leur marchandise sur des tréteaux : crème lubrifiante, capotes anglaises, crins de chevaux australiens, élastiques à fanfreluches (je crois deviner…), et même des plaquettes de pilules contraceptives !


Dernière vision de la journée : un théâtre chinois installé sur une pelouse entre deux centres commerciaux donne un spectacle gratuit en plein air. Décors à la Tintin, personnages en habits traditionnels chinois, maquillages étonnants. Du vrai spectacle populaire. 
Décidément, Singapour nous étonne de plus en plus.

Singapour, 1er juin 1993

Sale temps, gros orage sur la ville : nous sommes bloqués au McDo, où nous venons de terminer le petit déjeuner. Nous nous resservons du café ou du thé en attendant que la pluie se calme. Le service est assuré par des personnes âgées qui seraient déjà à la retraite en France : elles nettoient les tables, passent la serpillière, lavent les carreaux… La clientèle est très jeune : écoliers, lycéens pour la plupart d’origine chinoise, certains obèses comme aux États-Unis.
Singapour est en effet une république multiraciale où Chinois, Malais et Indiens cohabitent. Quatre langues officielles : tamoul, malais, mandarin et bien sûr l’anglais qui est censé rassembler tout le monde.
Malheureusement, comme le dirait Coluche, les Chinois sont plus égaux que les autres : les tâches considérées comme moins nobles sont confiées aux Indiens, la petite administration compte beaucoup de Malais, les Chinois se gardent le reste y compris le pouvoir politique. Si le coefficient de réussite à l’école est plus élevé pour les Chinois, c’est juste une histoire de piston !
Pour la religion, la liberté semble être accordée à tous si l’on en juge par le nombre d’églises catholiques, temples protestants, mosquées, pagodes chinoises, temples hindouistes et synagogues !

La pluie continue de tomber, mais nous décidons de foncer au musée National à quelques pas du McDo. Bonne idée, car Monsieur Rockefeller III expose ses collections d’art asiatique : bronzes Chola d’Inde du Sud, bouddhas de Thaïlande et du Népal, statues khmères. On révise !

Statue khmère du billet d'entrée

L’après-midi, promenade sur Orchard Road : tous les bureaux sont fermés pour cause de fête malaise, mais pas les centres commerciaux qui continuent d’accueillir les touristes en mal de gadgets détaxés, et les élégantes Chinoises qui font leurs courses. Oui, elles ont vraiment beaucoup d’allure dans leurs vêtements occidentaux, elles qui sont si menues et qui aiment les vêtements qui suivent de près les lignes du corps. Sogo, Isetan, Tangs, les magasins se suivent et se ressemblent. C’est comme à la maison !




Contraste urbain
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